Amazon et PME sont-ils incompatibles ?

Alexandre Darrigo

Pourquoi les petites entreprises ne doivent pas être intimidées par l’e-commerce.

“On doit faire revenir les clients en ville, c’est la priorité, et pas les inciter à commander sur internet.”

Ces mots, ce sont ceux de Fabrice Antoncic, président de l’association des commerçants rouennais. Comme lui, force est de constater que le monde de la petite entreprise et de l’entrepreneuriat national se méfie de l’e-commerce… et plus particulièrement d’Amazon. La phrase que nous citons, Fabrice Antoncic l’a adressée à la CCI de Rouen qui décidait d’accueillir en ville l’Amazon Tour. Des ateliers animés par une représentante de la Marketplace Amazon, dans le but de former les commerçants intéressés par le sujet de la vente en ligne. L’accueil de cet initiative a été plus que mitigé. Les commerçants pointant un événement malvenu, hors sujet et en dehors des intérêts de la ville. Amazon et PME seraient incompatibles ?

Bien au contraire, on sait chez Bizon qu’il est tout dans l’intérêt des PME locales de se former à Amazon et à l’e-commerce justement parce qu’elles se placent dans un contexte où la vente en ligne peut représenter pour elles une solution viable… et assurer leur futur.

Chez Bizon nous pensons que c’est une erreur de penser que l’e-commerce et les PME sont incompatibles. Au contraire, le premier est un énorme tremplin pour le second. Parlons-en.

Pourquoi l’initiative de la CCI de Rouen entre les PME et Amazon doit être saluée

Le fait est rare : des établissements publics qui encouragent et cherchent à saupoudrer un peu d’innovation au sein de leur écosystème local, ça n’arrive pas tous les jours. Ici, ce qui fait grincer des dents, c’est la présence d’Amazon dans l’équation. A la manière d’une chasse aux sorcières, les commerçants locaux s’inquiètent de voir leurs bénéfices soudainement aspirés, alors ils pointent du doigt le géant américain. Comme si la coexistence à l’échelle locale de ces deux modes de distribution (dont ils peuvent tirer parti) était définitivement impossible. Pour ça, nous soutenons cette prise de position !

A l’instar de YouTube et la télévision, Amazon et la boutique physique ne touchent pas frontalement le même public. Les deux partagent une audience qui optera potentiellement pour les deux au lieu de faire un choix. Une étude de l’IFOP pointe que sur certains segments les consommateurs n’ont pas de préférence entre l’achat en ligne ou en boutique. Les produits de première nécessité sont même ultra dominés par les magasins physiques. Aussi, l’e-commerce représente un petit 9% du montant des dépenses réalisées en boutique.

Relativisons le poids de l’e-commerce par rapport au retail traditionnel. Sa croissance est impressionnante, certes, mais il n’y a pas de risque de destruction d’une filière par une autre. C’est même une chance à saisir pour les entreprises françaises ! Ce qui est sûr cependant, c’est que comme YouTube a amené la télévision à repenser son modèle. Amazon amènera le commerce à changer un peu de la même manière.

Autre point : imaginons qu’Amazon cessait soudain son activité. Il ne faut pas penser pour autant que tout son chiffre d’affaires irait aux magasins physiques ! Les internautes se tourneraient vers d’autres offres e-commerce, peut-être françaises, mais la problématique serait la même.

Car oui, les consommateurs sont très friands de l’offre Amazon et de la vente en ligne, c’est un fait. La FEVAD estime que 8 cyberacheteurs sur 10 ont l’intention d’acheter sur Internet pour les fêtes de Noël. Il y a un vrai créneau à investir ! Les gens recherchent des services tels que ceux proposés par Amazon, avec du choix, des livraisons plus rapides et certains avantages que les commerces physiques n’ont pas. Pour ça, se priver d’une présence chez le ténor de la vente en ligne est un manque à gagner. La solution est de combiner les canaux digitaux et physiques… et sur le web, c’est Amazon le plus puissant.

Pour les entrepreneurs français, c’est une chance d’aller chercher deux cibles différentes qui consomment différemment. Une occasion de multiplier les points de contact avec leurs acheteurs. Redonnons de la plus-value au commerce “in real life”, proposons au consommateur de l’expérience, donnons encore plus d’intérêt au métier de vendeur. Et plus que ça, faisons cohabiter les canaux : ils se complètent !

De l’éternel débat de la destruction d’emploi

Plus récemment encore, ces appréhensions se sont vues dans une autre prise de position, celle de Mounir Mahjoubi. Par une longue note publiée sur son site, l’ex secrétaire d’Etat au Numérique revient sur les ouvertures d’entrepôts Amazon. Il juge que ces derniers font perdre plus d’emploi qu’ils ne permettent d’en créer.

Chez Bizon, nous pensons que le débat n’est pas là. Que ce soit en France ou ailleurs, les entrepôts Amazon seront inaugurés et les commandes online, elles, se feront bel et bien. La question est plutôt : veut-on laisser passer le créneau sur la plus grande Marketplace du monde ? Les chiffres de la FEVAD sont formels, c’est Amazon qui domine la filière e-commerce en nombre de visiteurs. Au quatrième trimestre 2018, Amazon représente 72 milliards de chiffre d’affaires dans le monde. Pour donner un élément de comparaison, CDiscount, fait quasi 30 fois moins sur l’année.

Alors oui, comme monsieur Mahjoubi, on peut encourager les entreprises françaises à privilégier des canaux “nationaux” comme CDiscount ou la Fnac. Nous sommes évidemment pour cette idée, le point n’est pas là. Ce que nous avançons, c’est qu’en termes de développement, il serait dommage de se passer de la plateforme numéro 1 : pas sûr que bouder Amazon soit bon pour les PME françaises ni pour leurs emplois.

Amazon est un média, faisons-en une vitrine de la qualité française… et réconcilions Amazon et PME

Certes c’est nouveau, ça demande de repenser les façons de vendre et ça peut faire peur, mais c’est nécessaire. Si une marque française veut développer son activité et toucher un maximum de personne, être présent sur Amazon est presque inévitable. Plus que ça, c’est un vrai acte en faveur de la qualité française face à des produits trop souvent peu qualitatifs que l’on trouve en ligne. Défendons les entreprises françaises qui ont à cœur les produits de qualité. Rendons leur offre accessible au plus grand nombre, dans toute la France, l’Europe et plus encore !

Amazon est un réseau de distribution, certes, mais également là où commence la réputation des marques et produits. Que les entreprises évitent le site ou non, les consommateurs s’y rendront tout de même pour se renseigner. En 2016, BloomReach avançait que 55% des consommateurs commençaient leur recherche de produits sur Amazon : c’est plus que sur Google. Nous estimons que si l’étude était reconduite en 2019, le chiffre serait encore plus élevé.

Graphiques de BloomReach décrivant via quel moyen les internautes cherchent les produits qu'ils achètent
Source : BloomReach

Pour cette raison, un business a tout intérêt à y façonner son image lui-même plutôt qu’à être dépendant de revendeurs. Et force est de constater, comme on l’évoquait sur ce blog, qu’une part majoritaire des vendeurs de la Marketplace sont chinois. À l’heure où ces boutiques préemptent l’e-commerce mondial, il ne faudrait pas que les entreprises françaises ratent le coche. Avec cet encouragement à fuir Amazon, c’est ce qui pourrait arriver. Valoriser le savoir-faire des entreprises françaises, c’est également assurer leur présence sur le premier média consulté par les internautes quand ils se renseignent pour acheter. Nous avons tant à mettre en avant en France alors faisons-le !

Encourager l’innovation plutôt que la craindre

Des PME françaises proposant un concept novateur et qui percent en ligne, il y en a beaucoup. Aujourd’hui, on n’en est plus à se demander si se lancer sur le web et a fortiori sur Amazon est une opportunité de développement : on le sait. Plus encore lorsque le territoire français regorge d’entrepreneurs aux idées brillantes.

Des boîtes comme Alan ou Payfit, dont les concepts paraissent parfois évidents font trembler leurs industries respectives. C’est aussi peut-être de ça qu’il s’agit dans cette méfiance, de craintes de ne pas réussir à suivre le mouvement et à se faire remplacer.

Nous avons vu précédemment que ce n’était pas automatiquement vrai. Nous préférons l’audace à ces peurs : chez Bizon, nous avons eu la chance de notre côté d’accompagner des clients sur Amazon et de les y voir s’y déployer. L’entreprise de Jeff Bezos ne risque pas de s’écrouler d’ici demain. En attendant, nous devons nous en servir d’outil de la meilleure des manières. C’est aujourd’hui notre travail et la mission qui nous anime.

Nous considérons qu’il est plus productif de pousser les entreprises vers du chiffre d’affaires additionnel sur le digital plutôt qu’entretenir une appréhension qui n’a pas lieu d’être et qui leur fera rater le train de l’innovation. Plutôt qu’avoir peur d’Amazon, réjouissons nous des opportunités qu’il apporte aux entreprises françaises et faisons d’Amazon le moteur de PME !

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